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Feuillet n° 14:
Encore et encore des mythes sur
l’allaitement
auteur:
Jack Newman, MD, FRCPC,
pédiatre - Toronto - Canada
1.
Une mère allaitante ne doit pas allaiter son bébé après avoir passé des
examens radiographiques (rayons
X). Faux ! Les
radiographies courantes, celles qui sont les plus souvent pratiquées, par
exemple une radiographie des poumons ou des dents, ne posent absolument aucun
problème pour le lait ou le bébé, et la mère peut allaiter comme d'habitude.
Les
mammographies sont plus difficiles à interpréter chez une mère qui allaite,
mais cet examen est possible et la mère de doit pas cesser d’allaiter.
L’évaluation d’une masse peut aussi se faire autrement. Les nouvelles méthodes
d’imagerie comme les tomodensitométries et les IRM sont sans danger, même si des
substances de contraste sont employées. Et les examens
utilisant une substance de contraste? Tout examen
radiographique qui n'utilise pas de substances radioactives peut être subi par
la mère sans qu'elle soit obligée d'interrompre l'allaitement, même pour une
seule tétée. Donc une pyélographie intraveineuse, une lymphangiographie, une
phlébographie, une artériographie, une myélographie, etc… ne nécessitent aucune
précaution. Mais qu’en est-il des examens employant des radio-nucléides (scintigraphie
osseuse ou pulmonaire)? Il est vrai que le bébé recevra une toute petite
quantité de nucléides. Mais il faut se souvenir que ces mêmes examens sont
souvent pratiqués chez l'enfant, même tout petit, et que les pertes éventuelles
des bénéfices de l’allaitement sont considérables. Compte tenu des risques de
l’alimentation au lait artificiel, il est préférable, à mon avis, que la mère
continue à allaiter sans interruption. Si vous devez interrompre pendant une
certaine période, exprimez du lait à l’avance, pour que votre bébé boive votre
lait et non du lait artificiel. Après deux demi-vies, 75 % de la substance sera
éliminée de votre organisme. C’est sûrement une période d’attente suffisante (la
demi-vie du technétium, utilisé dans la plupart des radiographies, n’est que de
six heures. Après 12 heures, 75 % du produit est donc éliminé). L’exception à
cette règle est une scintigraphie de la thyroïde à l’iode 131. Cet
examen doit être évité chez la mère allaitante. Il y a beaucoup de
façons d'évaluer la fonction de la thyroïde, et ce type de scintigraphie
thyroïdienne n'est que rarement nécessaire. Si l’examen doit être fait,
l’utilisation de l’iode 123 ne requiert l’interruption de l’allaitement que
durant 12 ou 24 heures selon la dose donnée. Avant de prendre la capsule d’iode,
vérifiez. Dans bien des cas où l’examen est nécessaire, on peut le retarder de
plusieurs mois. Soit dit en passant, l’examen du poumon avec contraste
radioactif n’est plus considéré comme étant la meilleure méthode pour éliminer
une embolie pulmonaire. La tomographie transaxiale est maintenant l’examen de
choix pour confirmer ce diagnostic. (voir l’article n° 9a,
Vous devriez
continuer à allaiter - 1).
2.
Le lait peut se tarir « juste comme ça ».
Faux ! Si c’est possible, ce doit être très
rare. En dehors de légères variations en fonction du moment de la journée, le
volume de la sécrétion lactée ne change pas subitement. Certaines situations
peuvent donner à penser à la mère que sa sécrétion lactée a brusquement
baissé :
· Le
bébé réclame plus souvent; la soi-disant « poussée de croissance ». S’il
semble ne pas avoir assez de lait, quelques jours de tétées plus fréquentes
ramèneront les choses à la normale. Essayer la compression du sein pendant que
le bébé tète (voir article n°15 La compression du sein)
·
Le comportement du bébé est différent. Vers 5 à 6 semaines environ,
certains bébés qui s’endormaient au sein lorsque le flot de lait diminuait
commencent plutôt à s’agiter et à pleurer. Le lait n’a pas disparu, c’est le
bébé qui a changé. Essayer de comprimer le sein pour permettre au bébé d’obtenir
plus de lait. Voir
http://www.mamancherie.ca/fr/info/articles_dr_newman.htm pour des vidéos
démontrant la mise au sein, comment savoir que le bébé reçoit du lait, et
comment faire la compression.
· Les
seins de la mère sont plus souples et semblent moins « pleins ». C’est une
évolution normale après quelques semaines d’allaitement; la mère n’a plus les
seins engorgés, ni même pleins. Tant que le bébé boit du lait pendant la tétée,
il est inutile de se faire du souci (voir article n° 4, Mon bébé prend-il
assez de lait ?).
· Le
bébé tète moins bien. Cela est souvent dû au fait qu’il a reçu des biberons
ou qu’on lui donne une sucette; il a appris un mode de succion inadéquat au
sein.
La prise de contraceptifs oraux peut abaisser la
sécrétion lactée. En pareil cas, envisagez de cesser les contraceptifs oraux ou
de prendre ceux contenant uniquement un progestatif. Ou changer de méthode
contraceptive. D’autres médicaments qui peuvent diminuer la production lactée
sont la pseudoephédrine (Sudafed), certains antihistaminiques, et probablement
les diurétiques.
Si le bébé semble réellement ne pas recevoir assez de lait,
demandez de l’aide, mais n’introduisez pas des biberons de complément qui ne
feront qu’empirer les choses. Si des compléments sont absolument nécessaires, le
bébé peut les recevoir à l’aide d’un DAL pendant la tétée; cela n’interfère pas
avec l’allaitement. On peut faire beaucoup avant de songer à donner des
compléments de lait. Obtenez de l’aide. Essayer de comprimer le sein pendant la
tétée (voir article n° 15, Compression du sein).
3.
Les médecins s’y connaissent en matière d’allaitement.
Faux! Bien sûr, il y a des exceptions. Toutefois, très peu de médecins
formés en Amérique du Nord et en Europe occidentale ont appris quoi que ce soit
sur l’allaitement pendant leurs études. Encore moins ont appris ensuite comment
aider pratiquement une mère à bien démarrer son allaitement, puis à le
poursuivre dans des conditions optimales. L’essentiel de l’information
qu’obtiennent les médecins en exercice en matière d’alimentation infantile
provient des fabricants de lait artificiel (représentants des ventes et
publicités).
4.
Les pédiatres, au moins, s’y connaissent en matière d’allaitement.
Faux ! Bien sûr, il y a des exceptions. Toutefois, pendant leurs études
spécialisées (résidence), la plupart des pédiatres n’ont reçu aucun enseignement
formel sur l’allaitement, et le peu qu’ils auront éventuellement entendu ici et
là sera généralement faux. Pour de nombreux résidents en pédiatrie,
l’allaitement est souvent « un obstacle à des soins de bonne qualité » lorsqu’un
nourrisson est hospitalisé.
5.
La littérature et les échantillons de lait distribués par les fabricants
de lait industriel n’ont aucun impact sur la durée de l’allaitement.
Ah bon? Alors pourquoi les fabricants de lait industriel se donnent-ils
autant de mal pour distribuer aux mères leurs articles d’information et
leurs échantillons ? Est-ce vraiment pour les encourager à allaiter?
Investissent-ils de l’argent dans ces articles et ces échantillons pour les
inciter à allaiter plus longtemps? Les fabricants donnent pour argument que, si
la mère veut donner un lait artificiel, ils veulent que ce soit un lait de leur
marque. En fait, en se faisant concurrence, les fabricants de lait artificiel
font aussi de la concurrence à l’allaitement. Avez-vous cru ces arguments
lorsqu’ils vous ont été donnés par les fabricants de cigarettes?
6.
Si la mère donne un lait artificiel en même temps que son lait, cela
induira des problèmes chez le bébé. Faux! Tout
d’abord, la plupart des mères allaitantes n’auront pas besoin de lait
artificiel; si une mère a un problème si grave que le don de lait artificiel
semble nécessaire, le problème pourra en fait souvent être résolu sans
l’utilisation de formules lactées. Mais si un tel lait est réellement
nécessaire, il peut être donné avec le lait maternel sans aucun problème.
7.
Allaiter un bébé à la demande peut lui donner des coliques.
Faux! Il est vrai que le bébé allaité qui a des « coliques » prend
souvent beaucoup de poids et parfois est souvent au sein. Mais les coliques
sont le plus souvent dues non au fait que le bébé tète souvent, mais au fait
qu’il ne reçoit pas suffisamment de lait de fin de tétée, riche en gras.
Typiquement, le bébé tète bien au début, et puis s'endort vite au sein ou tète,
mais ne boit pas. Après un certain temps, la mère le change de côté, et la même
chose se reproduit. Ainsi le bébé qui ne reçoit que le lait relativement faible
en gras tétera souvent. Et s’il ne prend que du lait relativement faible en
gras, il peut aussi avoir des coliques, beaucoup de gaz, des selles aqueuses et
explosives, et il pleurera beaucoup. La mère peut rendre les tétées plus
efficaces en s'assurant que le bébé tète suffisamment longtemps au premier sein
pour qu’il boive davantage de lait riche en gras. Elle peut aussi comprimer le
sein avec la main quand le bébé tète mais n’avale plus (voir articles n° 3 sur
les coliques, et n° 15 sur la compression du sein). Voir les vidéos à
http://www.mamancherie.ca/fr/info/articles_dr_newman.htm
8.
Une mère qui se fait vacciner (contre le tétanos, la rubéole, l’hépatite
A ou B, etc.) doit interrompre l’allaitement pendant 24 heures (3 jours, 2
semaines…). Faux!
Pourquoi donc? Il n'y a aucun risque, et cela pourra même présenter des
avantages pour le bébé. Une seule exception (rare): lorsque le bébé souffre
d'une déficience immunitaire, la mère ne doit pas recevoir de vaccin contenant
un virus vivant (par exemple, le vaccin oral pour la polio (et non
injectable), la rubéole, la rougeole, les oreillons, etc.), même si elle nourrit
son bébé au lait artificiel.
9.
La confusion sein-tétine n’existe pas. Faux!
Cependant, le bébé n’est pas confus, mais plutôt il sait exactement ce qu’il
veut. Un bébé qui reçoit un débit lent au sein et ensuite un débit rapide à la
bouteille, comprendra l’astuce très rapidement. Un bébé qui n’a eu que le sein
pendant les 3 à 4 premiers mois refusera probablement de prendre un biberon.
Certains bébés préfèrent un sein à l’autre. Les bébés nourris au biberon
préfèrent souvent une sorte de tétine à une autre. Bref, il est courant que le
bébé manifeste une préférence en la matière. La seule question est avec
quelle rapidité il manifestera cette préférence. Dans certains cas, elle sera
nette avec seulement un ou deux biberons. Un bébé qui a des difficultés à
prendre le sein peut ne jamais avoir reçu de biberons, mais introduire une
tétine en pareil cas améliorera rarement la situation et l’aggravera souvent.
Signalons que beaucoup de mères se font dire que la confusion sein-tétine
n’existe pas par les mêmes personnes qui affirment qu’il vaut mieux introduire
rapidement les biberons afin que le bébé s’y habitue et les accepte bien.
Questions? (416) 813-5757 (option 3) ou
drjacknewman@sympatico.ca ou mon livre Dr Jack Newman’s Guide to
Breastfeeding
Traduction de l’article n° 14, « More and More
Breastfeeding Myths », révision janvier 2005
par Jack Newman, MD, FRCPC © 2005
Version française, avril 2005 par
Stéphanie Dupras, IBCLC, RLC
Peut être copié et
diffusé sans autre autorisation,
à condition qu’il ne
soit utilisé dans aucun contexte où le Code international de
commercialisation des substituts du lait maternel de l’OMS est violé.
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