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Feuillet n°
21:
Allaiter un bambin : quelle drôle d’idée!
auteur:
Jack Newman, MD, FRCPC,
pédiatre - Toronto - Canada
Comme les
femmes sont de plus en plus nombreuses à allaiter leurs bébés, elles sont aussi
nombreuses à constater que cela leur plaît assez pour prolonger l’allaitement
au-delà des quelques premiers mois d’abord prévus. Depuis longtemps, l’UNICEF
encourage l’allaitement jusqu’à deux ans et plus et l’American Academy of
Pediatrics recommande l’allaitement pendant au moins un an, et ensuite
aussi longtemps qu’il plaira à la mère et à l’enfant. Même la Société
canadienne de pédiatrie, dans sa dernière déclaration sur le sujet, affirme que
les femmes pourraient très bien souhaiter allaiter deux ans ou plus, et la
position de Santé Canada est semblable à celle de l’UNICEF. Jusqu’à récemment,
on allaitait souvent les enfants jusqu’à trois ou quatre ans, dans une bonne
partie du monde, et l’allaitement des bambins est encore chose courante dans
bien des sociétés.
Pourquoi
poursuivre l’allaitement au-delà de six mois?
Parce que
souvent, les mères et les enfants adorent ça. Pourquoi mettre un terme à une
relation agréable? De plus, la poursuite de l’allaitement est bénéfique pour la
santé et le bien-être de la mère et de l’enfant.
Mais on
dit que le lait maternel n’a plus d’avantage après six mois.
C’est
peut-être ce qu’on dit, mais c’est faux. Le fait que quiconque (incluant les
pédiâtres) puisse dire une chose pareille ne fait que montrer l’étendue de
l’ignorance de bien des gens sans notre société au sujet de l’allaitement
maternel. Le lait maternel est, après tout, du lait. Même après six mois, il
contient encore des protéines, des gras et d’autres éléments qui sont importants
et appropriés pour la nutrition et qui répondent aux besoins des
bébés et des enfants. Le lait maternel contient encore les facteurs
immunologiques qui aident à protéger le bébé. En fait, certains facteurs
immunologiques du lait maternel sont présents en plus grande quantité pendant la
deuxième année que pendant la première. C’est précisément comme il se doit,
étant donné que les enfants de plus d’un an sont en général exposés à plus de
sources d’infection. Le lait maternel contient encore des facteurs de
croissance qui contribuent à la maturation du système immunitaire, ainsi qu’à
celle du cerveau, des intestins et d’autres organes.
On a prouvé
que chez les enfants en milieu de garde, les infections sont moins nombreuses et
moins graves chez les enfants qui sont encore allaités. Par conséquent, les
mères qui continuent d’allaiter après leur retour au travail perdent moins de
jours de travail.
Il est
intéressant de constater que les fabricants de laits artificiels (une pâle copie
« maternisée
» du lait maternel) poussent l’utilisation de leur produit
jusqu’à l’âge d’un an, tout en disant que le lait maternel (l’original) ne vaut
la peine d’être donné que jusqu’à six mois ou même moins longtemps («
la meilleure nutrition pour les nouveau-nés
»). Malheureusement, c’est un refrain que de trop nombreux professionnels de la
santé ont repris en choeur.
On m’a dit
que si j’allaite plus de six mois, les facteurs immunologiques du lait
empêcheront mon bébé de développer son propre système immunitaire...
C’est faux,
voire absurde. On a peine à croire que tant de gens dans notre société
travestissent en inconvénients les bienfaits de l’allaitement maternel. On
donne des vaccins aux bébés pour qu’ils puissent se protéger contre de vraies
infections. Le lait maternel aide aussi l’enfant à se défendre contre des
infections. Quand il les combat, il y devient résistant. Tout naturellement.
Mais je
veux que mon bébé soit autonome...
Et
l’allaitement maternel rendrait les bébés dépendants? N’en croyez pas un mot.
L’enfant allaité jusqu’à ce qu’il se sèvre de lui-même (entre 2 ans et 4 ans,
habituellement) est en général plus autonome et, plus important encore,
peut-être, plus sûr de lui dans son indépendance. Il a reçu réconfort et
sécurité au sein, jusqu’à ce qu’il soit prêt à se sevrer. Quand
il franchit cette étape, il sait qu’il a réussi quelque chose, qu’il a fait un
pas en avant. C’est un des jalons de sa vie.
Souvent, on
pousse les enfants à devenir « indépendants » trop rapidement. À dormir seuls
trop tôt, à être sevrés trop tôt, à se passer de leurs parents trop tôt, à tout
faire trop tôt. Ne les poussons pas, ils deviendront autonomes bien assez
vite. Pourquoi se presser? Bientôt, ils quitteront leurs parents. Voulez-vous
qu’ils quittent la maison à quatorze ans? Lorsqu’on satisfait un besoin, il
passe. Lorsqu’on ne satisfait pas un besoin (comme celui d’être allaité et
d’être près de maman), le besoin demeure tout au long de l’enfance et même
l’adolescence.
Bien entendu,
l’allaitement maternel peut, dans certains cas, servir à encourager une
dépendance excessive. Mais on peut en dire autant de l’alimentation et
de l’entraînement à la propreté. Le problème est ailleurs, pas dans
l’allaitement.
Que dire
d’autre?
Malgré leur
importance, les bienfaits nutritionnels et immunologiques de l’allaitement
maternel d’un bambin n’en sont pas l’aspect le plus important. Je crois que ce
qui compte le plus dans l’allaitement d’un bambin, c’est la relation spéciale
entre la mère et l’enfant. L’allaitement maternel est un geste d’amour porteur
de vie. Cela se poursuit lorsque le bébé devient bambin. Toute personne sans
préjugés qui observe l’allaitement d’un bébé déjà grand ou d’un bambin peut
témoigner de la magie de ce geste tout particulier, presque magique, qui
transcende la simple alimentation. Un bambin qu’on allaite peut soudainement
éclater de rire, sans raison apparente. Le plaisir que lui donne le sein n’est
pas seulement alimentaire. Et si la mère se le permet, l’allaitement sera pour
elle aussi une source de plaisir, et pas seulement parce qu’elle nourrit son
enfant. Évidemment, ce n’est pas toujours facile, mais qu’est-ce qui
l’est? Quand tout va bien, toutes les difficultés sont oubliées.
Et si
l’enfant tombe malade ou s’il est blessé (ce qui arrive nécessairement quand il
rencontre d’autres enfants et qu’il devient plus audacieux), quelle meilleure
façon de le réconforter qu’en lui offrant le sein? Je me souviens de nuits à
l’urgence de l’hôpital, où des mères qui n’allaitaient pas promenaient leur
enfant de long en large, dans les couloirs, en essayant, souvent en vain, de les
réconforter, tandis que les mères allaitantes étaient assises calmement, leur
enfant au sein, apaisé, sinon soulagé. Par l’allaitement, le mère et l’enfant
se réconfortent mutuellement.
Questions?
(416) 813-5757 (option 3) ou
drjacknewman@sympatico.ca ou mon livre Dr. Jack Newman’s Guide to
Breastfeeding
Traduction de l’article no 21, « Toddler Nursing –
Why on Earth? ».
Révisé en janvier 2005
Dr Jack Newman, MD, FRCPC © 2005
Version française, mai 2005, par Stéphanie Dupras, IBCLC, RLC
Peut être copié et
diffusé sans autre autorisation,
à condition qu’il ne
soit utilisé dans aucun contexte où le Code international de
commercialisation des substituts du lait maternel de l’OMS est violé.
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