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Feuillet n° 2:
Les coliques et le bébé allaité
auteur:
Jack Newman, MD, FRCPC,
pédiatre - Toronto - Canada
Les coliques sont un des
mystères de la nature. Personne ne sait vraiment ce qu’elles sont mais chacun a
une opinion. Habituellement, les périodes de pleurs débutent quand le
nourrisson a deux ou trois semaines, se produisent surtout en soirée et prennent
fin vers l’âge de trois mois, parfois plus tard. Quand le bébé pleure, il est
inconsolable, mais s’il est porté, bercé ou baladé en voiture, il peut se calmer
temporairement. Pour qu’on dise que c’est un « bébé à coliques », le nourrisson
doit avoir un gain de poids normal et être par ailleurs en santé.
La
définition des coliques a été élargie pour englober presque tous les caprices et
les pleurs d’un bébé et ce n’est pas forcément à tort, puisqu’on ne sait pas
vraiment ce que sont les coliques. Il n’existe aucun traitement contre les
coliques; nombre de médicaments et de stratégies ont été mis à l’essai, sans
résultat prouvé. Tout le monde connaît le cas d’un bébé à coliques qu’une
méthode a pu «guérir». Mais on sait aussi que presque tous les traitements
semblent fonctionner, du moins de façon provisoire.
Le bébé allaité à coliques
À part les coliques pouvant
toucher n’importe quel bébé, trois causes peuvent donner des coliques au bébé
allaité ou le rendre irritable. Encore une fois, on présume que le bébé a un
gain de poids normal et qu’il est en santé.
Ø
Deux seins
par tétée
Le lait maternel change
pendant une tétée. Un des changements est l’augmentation de la concentration de
gras à mesure que le bébé draine le lait du sein. Si la mère change de
sein automatiquement, avant que le bébé ait bu le lait gras de fin de tétée, il
recevra moins de gras que s’il avait « fini » le premier sein. Il en résulte
que le bébé consomme moins de calories et demande donc à boire plus
fréquemment. Si le nourrisson prend une grande quantité de lait (en
compensation pour le nombre réduit de calories), il risque de régurgiter. Comme
le lait est relativement moins gras, l’estomac se vide rapidement et une grande
quantité de sucre (lactose) arrive dans l’intestin. L’enzyme qui digère le
lactose, la lactase, ne suffit pas à la tâche et le bébé peut présenter des
symptômes d’intolérance au lactose, c’est-à-dire avoir des gaz, pleurer et même
passer des selles explosives, très liquides et vertes. Cela peut même se
produire pendant la tétée. Ces bébés ne sont pas intolérants au lactose.
Ils ont des problèmes avec le lactose à cause de l’information que reçoivent
leurs mères au sujet de l’allaitement. Ce n’est pas une raison pour
adopter le lait artificiel sans lactose.
a)
Ne pas minuter les tétées. Des mères de partout dans le monde allaitent
avec succès sans savoir l’heure. Les problèmes d’allaitement sont plus
fréquents dans les sociétés où tout le monde a une montre et plus rares là où
personne n’en a.
b)
Offrir le premier sein tant et aussi longtemps que le bébé tète et
avale (voir les vidéos à
www.mamancherie.ca/fr/info/articles_dr_newman.htm), jusqu’à ce qu’il
le laisse de lui-même ou qu’il s’endorme. Si le bébé tète seulement pendant une
courte période, la mère peut utiliser la technique de compression du sein (voir
article n° 15, Compression du sein) pour qu’il continue à boire, et non
uniquement téter. Notez qu’un bébé peut être au sein pendant deux
heures, sans se nourrir et sans avoir tété plus de quelques minutes. Dans ce
cas, le lait pris peut être relativement faible en gras. La technique de
compression du sein est alors conseillée. Si le nourrisson a encore faim
après avoir « fini » de téter au premier sein, offrir alors le second. Ne
lui refusez pas le deuxième côté s’il a encore faim.
c)
À la tétée suivante, la mère peut commencer par l’autre sein en procédant
de la même façon.
d)
Les seins de la mère s’adaptent rapidement à cette méthode et aucun
engorgement ni déséquilibre ne devrait en résulter.
e)
Aucune « règle » n’oblige la mère à offrir les deux seins, pas plus qu’à
offrir un seul sein par boire. Laisser le bébé vider le premier sein, au besoin
en le stimulant à boire plus longtemps par la technique de
compression du sein, mais s’il en veut plus, lui donner l’autre
sein.
f)
Dans certains cas, il peut être utile de nourrir le bébé avec le même
sein plus d’un boire de suite, avant d’offrir le second sein de la même façon.
g)
Le problème peut s’aggraver si le bébé n’a pas une bonne prise du sein.
La bonne prise est la clé d’un allaitement facile.
Ø
Le réflexe
d’éjection puissant
Un bébé qui reçoit trop de
lait trop rapidement peut devenir très irritable au sein et peut parfois être
considéré un « bébé à coliques ». Dans ce genre de cas, le bébé a un très bon
gain de poids. Typiquement, quelques secondes ou quelques minutes après avoir
commencé à téter, il se met à tousser, s’étouffe et semble vouloir s’écarter du
sein. S’il lâche prise, le lait jaillit. Par la suite, le bébé peut redemander
le sein fréquemment mais se montrer capricieux et le manège se répète. Il sera
irrité lorsque le débit est fort et impatient lorsqu’il faiblit. Les tétées
deviennent une expérience frustrante tant pour la mère que pour le bébé. Dans
quelques rares cas, un bébé peut même refuser le sein après quelques semaines
(souvent vers trois mois).
a)
Si ce n’est déjà fait, essayer de n’offrir qu’un seul sein par tétée.
Dans certains cas, il faut offrir le même sein pour deux ou même trois boires
avant d’offrir l’autre. En cas d’engorgement du sein non utilisé, extraire juste
assez de lait pour soulager l’inconfort.
b)
Donner le sein avant que le bébé soit affamé. Ne pas retarder les boires
en donnant de l’eau (un bébé allaité n’a pas besoin de supplément d’eau
même pendant les grandes chaleurs) ou une suce. Un bébé affamé se
jettera sur le sein, provoquant un réflexe d’éjection encore plus puissant.
Mettre le bébé au sein dès qu’il montre des signes de faim. S’il est encore
endormi, tant mieux.
c)
Choisir un endroit calme et reposant pour allaiter, si possible. La
musique forte, la lumière aveuglante et beaucoup de mouvement ne sont pas
propices à une tétée satisfaisante.
d)
Allaiter couchée peut parfois beaucoup aider. Si la position couchée sur
le côté n’aide pas, essayer de se coucher sur le dos et allaiter le bébé sur
soi. La gravité diminue le débit de lait.
e)
Si rien ne presse, exprimer un peu de lait (environ une once ou 30 ml)
avant d’allaiter. N’essayez pas ceci en premier lieu.
f)
En plus de ne pas aimer un débit rapide, le bébé peut s’impatienter
lorsque le débit faiblit trop. S’il semble que ce soit le cas, essayer la
technique de la compression du sein (voir l’article n° 15, Compression du
sein) pour conserver un bon débit.
g)
Le problème peut s’aggraver si le nourrisson n’a pas une bonne prise du
sein. La bonne prise est la clé de l’allaitement facile.
h)
À l’occasion, on peut donner de la lactase commerciale (l’enzyme qui
métabolise le lactose) pour soulager les symptômes, à raison de 2 à 4 gouttes
avant chaque boire. Ce produit est disponible sans ordonnance, mais il est
coûteux et ne fonctionne pas toujours.
i)
Une téterelle peut parfois aider. Ne l’utiliser que si rien d’autre n’a
fonctionné et seulement si l’aide d’une personne compétente ne donne pas de
résultat. C’est votre avant-dernier recours.
j)
En dernier recours, plutôt que de donner des laits artificiels, extraire
son lait et en donner au bébé, au biberon.
Ø
Protéines
étrangères dans le lait maternel
On a démontré que certaines
protéines présentes dans le régime alimentaire de la mère peuvent être
excrétées dans le lait maternel et peuvent affecter le bébé. Il semble
que la plus commune soit celle du lait de vache. D’autres protéines peuvent
aussi être excrétées dans le lait maternel. Leur présence, de même que
celles d’autres substances, n’est pas une mauvaise chose en soi et est même
positive, puisqu’elle aide à désensibiliser le bébé aux protéines étrangères.
Consulter une spécialiste pour toute question à ce propos.
C’est pour cela que dans le
traitement des bébés à coliques, on demande notamment à la mère de cesser de
consommer des produits laitiers ou autre, mais seulement un type d’aliment à
la fois. Les produits laitiers incluent le lait, le fromage, le yogourt, la
crème glacée et tout ce qui contient du lait. Quand la protéine du lait est
modifiée (dénaturée), comme par la cuisson, il ne devrait y avoir aucun
problème. Consulter un spécialiste pour toute question à ce sujet.
Si l’élimination de certains
aliments ne donne aucun résultat, la mère peut prendre des enzymes pancréatiques
(1 capsule à chaque repas pour commencer), afin de dissoudre les protéines dans
ses intestins pour qu’elles ne puissent pas être absorbées dans son corps et
apparaître dans le lait.
Note
: L’intolérance à la protéine du lait n’a aucun rapport avec l’intolérance au
lactose. Une mère elle-même intolérante au lactose devrait elle aussi allaiter
son enfant.
Méthode suggérée :
a)
Éviter tout produit laitier pendant 7 à 10 jours.
b)
S’il n’y a eu aucun changement, réintroduire à nouveau les produits
laitiers.
c)
S’il y a eu amélioration, ne reprendre que graduellement cette
consommation, si les produits laitiers font partie de son régime alimentaire
habituel. La mère n’a pas besoin de boire elle-même du lait pour produire
du lait maternel. Certains bébés ne tolèrent aucun produit laitier dans
l’alimentation de leur mère. La plupart en tolèrent un peu. La mère apprendra
quelle quantité de produits laitiers elle peut consommer sans que son nourrisson
réagisse.
d)
Si la quantité de calcium absorbée par la mère est insuffisante, elle
peut en trouver ailleurs que dans les produits laitiers. 7-10 jours sans
produits laitiers ne causeront pas de problèmes nutritionnels. En fait, on a
constaté que l’allaitement protège la mère contre l’ostéoporose même si elle ne
prend pas de suppléments de calcium. Et le bébé recevra quand même tout ce dont
il a besoin.
e)
La prudence est de mise lors de l’élimination de produits du régime
alimentaire. Il ne faut pas éliminer trop d’aliments à la fois. Tout le monde
connaît une mère dont le bébé s’est porté mieux lorsqu’elle a cessé de manger du
brocoli, du boeuf, des bananes, du pain, etc. La mère pourrait finir par ne
plus manger que du riz blanc! Nos régimes sont trop complexes pour qu’on puisse
savoir exactement ce qui affecte le bébé.
Il faut être patient : le
temps arrangera les choses, quoiqu’on fasse. Les laits artificiels ne sont
pas la solution. Certains bébés se porteront mieux à cause du débit plus
régulier de la tétine du biberon, mais les laits artificiels ne sont pas du lait
maternel. D’ailleurs, le bébé pourrait aller mieux si on lui donnait du lait
maternel dans un biberon, à cause de la régularité du débit. Si rien ne
fonctionne, dites-vous que le temps fera son oeuvre. Les jours et les nuits
peuvent sembler interminables, mais les semaines s’envolent.
Pour des vidéos démontrant
comment faire la mise au sein, comment savoir que le bébé reçoit du lait,
comment faire la compression, visitez
www.mamancherie.ca/fr/info/articles_dr_newman.htm
Questions? (416) 813-5757
(option 3) ou
drjacknewman@sympatico.ca ou mon livre Dr. Jack Newman’s Guide to
Breastfeeding
Traduction du feuillet n°
2, « Colic in the Breastfed Baby ».
Révisé en janvier
2005
par Jack Newman, MD, FRCPC © 2005
Version française, février
2005, par Stéphanie Dupras, IBCLC, RLC
Peut être copié et
diffusé sans autre autorisation,
à condition qu’il ne soit
utilisé dans aucun contexte où le Code international de commercialisation
des substituts du lait maternel de l’OMS est violé.
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